GALLÉ, compositeur D’IMAGES

L’élégance de la corolle, d’un blanc lumineux et pur rehaussé de vert, est soulignée par la rugosité d’une sorte de tronc auquel cette fleur de perce-neige est accrochée. En fin botaniste, et avec une grande science de l’ornementation,

Émile Gallé (1846-1904) a su trouver la composition adéquate pour magnifier cette humble plante, annonciatrice du printemps au cœur de l’hiver. Dès l’enfance, Émile est attiré par la botanique. Il a appris à lire avec sa préceptrice, Virginie Mauvais, dans Les Fleurs animées de Grandville, et perfectionne ses connaissances ludiques dans des ouvrages plus sérieux. Jeune homme, il se familiarise avec la nature dans les forêts lorraines, dans les parcs et le jardin botanique de Nancy, qui a accueilli en 1768 les remarquables collections de l’université de Pont-à-Mousson, dirigée par les jésuites. En 1877, la Société centrale d’horticulture de Nancy est créée. Léon Simon, horticulteur messin installé dans la ville après 1870, en devient le président, Gallé occupant les fonctions de secrétaire, et publiant les comptes rendus d’expositions. 

On le voit, la nature est l’une des sources essentielles de ses créations, élément ennobli par la magie du traitement si particulier du verre mis au point par l’artiste.

Ici, il se contente de rendre hommage à une modeste espèce, haute de quelques centimètres à peine, en suspendant sa corolle à une tige dont les feuilles à l’apparence mouvementée s’inspirent des estampes japonaises.

Le perce-neige, nom vernaculaire de Galanthus nivalis, est une plante herbacée vivace, à fleur unique à six tépales libres : trois sépales extérieurs blancs, oblongs et arrondis au sommet, trois pétales intérieurs plus courts, portant des taches ou lignes vertes. Galanthus elwesii, la plus grande variété, culmine à quelque vingt centimètres et arbore des feuilles plus larges. Fleuron des jardins en hiver, souvent associé aux crocus, il ne pouvait échapper à l’attention d’Émile Gallé, qui sublime sa blancheur en le transformant en cache-ampoule, afin d’en faire admirer la délicatesse des taches, dont la forme et la nuance de vert permettent de reconnaître les diverses espèces. Il avait fait inscrire sur la porte de ses ateliers cette devise : «Ma racine est au fond des bois, parmi les mousses, autour des sources. » Loin des orchidées, dont Gallé était également un spécialiste, ce perce-neige veille sur le calme des nuits, illuminant, comme dans les jardins et les sous-bois, l’espace qui l’entoure.

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